SUR LES CHEMINS DU PATRIMOINE: L'ABBAYE NOTRE-DAME
Sur les chemins du patrimoine
Le château


Le site de l'ancienne abbaye La ferme de la Longueroye


Le site de l'ancienne abbaye

Abbaye cistercienne du 12ème siècle

Le cadastre de Longvilliers dénomme "ancienne abbaye de Longvillers" toute la partie de la vallée au Sud du chemin faisant face à Tateville. C'est à l'intérieur de cette partie que se situait l'ensemble clôturé de l'abbaye cistercienne créée au 12ème siècle.
Au moment de la Révolution de 1789, la communauté religieuse, qui ne comportait plus que quelques membres, fut dissoute et ses biens furent vendues comme biens nationaux.
L'Abbaye fut complètement détruite, et ses pierres furent utilisées pour construire des maisons. C'est ainsi que l'on peut retrouver ces pierres à Longvilliers, et aussi à Bréxent et Maresville.
L'église, dont l'emplacement est maintenant recouvert de ronces et de broussailles, était très grande et très belle, avec une tour renfermant sept cloches; il n'en reste plus que de rares débris. Une partie de ceux-ci se retrouve dans les ornements des églises de Longvilliers, Maresville et Bréxent.
Ce qui reste de l'abbaye

• le moulin à eau, converti en ferme, puis en habitation
• des restes du mur d'enceinte
• la ferme de la Longueroye avec une superbe grange
   du 13ème siècle
• la ferme de l'Abiette à Attin avec une grange du 13ème
   siècle
• un chapiteau provenant de l'abbaye qui se trouve à
   Bréxent-Énocq
Ce Saint François d'Assise, sur une maison à proximité du centre de Longvilliers, est-il venu d'Italie pour rencontrer les moines de Longvilliers?

D'anciens propriétaires de la maison ne l'ont-ils pas placé là au 20ème siècle pour rappeler que cette maison a très vraisemblablement été construite il y a plus de 200 ans avec des pierres en provenance de l'abbaye?



Albert Leroy, historien du pays de Montreuil, a retrouvé deux pierres tombales d'abbés de Longvilliers du 17ème siècle. Elles sont situées dans une maison proche de l'ancienne abbaye, qui semble avoir été construite avec des matériaux provenant du monastère. L'une de ces pierres représente l'abbé commendataire René de Mailly.

Champagne M. (2009) - L'Abbaye de Longvilliers, actes et documents, 1132-1793. Wambrechies: Groupement Généalogique de la Région du Nord, AM 379, 72 pages.

On peut d'abord observer qu'à l'intérieur du site de l'Abbaye la Dordonne fait un angle droit: le cours principal qui longe le versant gauche oblique brusquement vers le versant droit, tandis qu'un ru temporaire continue tout droit dans une prairie et rejoint la rivière en aval.
Les eaux de la Dordonne avaient donc été capturées, pour continuer le long du versant gauche et alimenter le moulin de l'abbaye dont les bâtiments existent toujours. Entre le coude de la Dordonne et le moulin, subsiste d'ailleurs un chenal empierré qui a été appellé "la fausse rivière".
La dérivation avait une autre utilisation. Après le moulin, elle ne coule plus contre le versant mais au milieu de la vallée, séparant une prairie relativement bien drainée d'une autre très humide, située le long du versant gauche également aménagé par un rideau.
Les travaux de drainage, peut-être effectués en même temps que la reconstruction des bâtiments conventuels au 18ème siècle, ont eu une efficacité durable puisque la grande prairie qui s'étend au pied du moulin entre le coude de la rivière et le chemin qui même à la Longueroye est remarquablement sèche.
D'après les éléments subsistants, le mur de clôture était construit à la manière du pays avec une forte base en grès séparée de la partie supérieure en craie taillée par un double lit de brique.

Il peut être suivi ou restitué, en toute hypothèse, de la façon suivante: si l'on part, au Sud Est, du moulin qui en inclut des parties importantes dans ses annexes, on suit au Sud le chemin de la Longueroye ("rue de l'Abbaye"), puis à l'Ouest la rive gauche de la Dordonne.
Il semble de ce côté qu'en un certain point, le mur enjambait la Dordonne pour suivre le chemin de Tateville à Maresville (maintenant la D 146); il longeait au Nord, au niveau de Tateville, le chemin de traverse qui ne serait autre que l'ancien chemin d'accës â l'église abbatiale, pour ensuite à l'Est suivre la rive droite de la Dordonne et enjamber la rivière un peu avant la dérivation. Il prenait alors le versant à mi-pente et faisait un dernier angle droit au niveau du moulin situé hors-clôture.
Il ne subsiste de nos jours que quelques vestiges, au Nord, à l'Ouest le long de la Dordonne et au Sud le long de la rue de l'Abbaye.
L'abbaye, entourée par les eaux était inévitablement exposée aux inondations de la Dordonne et aux alluvions. Ceci obligea les moines après 1712 à abandonner les anciens cloîtres et à en construire de nouveaux. On peut donc penser que sous l'herbe de la pâture actuelle les anciens sous-sols sont restés intacts ou presque.

Le moulin à eau était complété, juste derrière lui, par un moulin à vent situé à flanc de côteau. La butte de ce moulin figure au cadastre napoléonien de 1816 comme "motte de l'ancien moulin de l'abbaye". On peut encore voir son emplacement.

Dessin de l'abbé Robert-Paul Lepoutre
On peut également émettre des hypothèses sur l'organisation de l'espace abbatial à l'intérieur de l'enceinte. La prairie humide à l'Est de la dérivation est traversée du Nord au Sud par une ligne d'arbres rectiligne, poursuivie vers l'Est par trois lignes de végétation séparant quatre "casiers" presque identiques: il pourrait s'agir des anciens viviers.

La texture des différentes prairies présente des anomalies: lignes claires signalant une pousse plus abondante de l'herbe dans la prairie au Nord de la dérivation, lignes sombres révélant une certaine humidité du sol dans la prairie au Sud de la dérivation. Les lignes sombres sont organisées en bancs et en quadrilatères épais, à proximité de la butte arborée occupant le centre Nord-Est de la prairie qui pourrait être le reste de l'église abbatiale.
Etant donné le schéma classique des abbayes, il est possible que ces lignes révèlent les substructures enterrées des anciens bâtiments monastiques. La juxtaposition de deux quadrilatëres suggère assez bien la répartition des éléments conventuels autour de deux cloîtres. Une trace menant au moulin pourrait localiser le chemin reliant l'abbaye à ses annexes proches.
La prairie au nord de la dérivation, dénommée "jardin de l'abbaye" dans les textes anciens se décompose également en zones différentes. Celle présentant une sorte d'X à proximité des bâtiments conventuels, bien que située de l'autre côté de la Dordonne, fait penser a un jardin organisé, peut-être le jardin "à la Française" du Prieur. Le reste, divisé en parcelles de grandeurs et de formes diverses pourrait regrouper le verger-potager des moines.
L'abbaye a laissé sa trace dans les appellations locales. Trois sous-sections du cadastre la rappellent: "l'ancienne abbaye de Longvilliers", qui correspond à l'ancien site abbatial; "l'abbaye" qui correspond à un petit groupe de maisons, peut-être occupées par les anciens "familiers" de l'abbaye, avant Maresville; "le chemin des moines", la plus vaste, qui s'étend sur le plateau occidental. Le souvenir de deux chemins empruntés par les moines a été conservé:
- le chemin qui les menait à la ferme de la Longueroye, aujourd'hui "rue de l'abbaye";
- celui par lequel ils allaient à Etaples, le "chemin des moines".

La ferme de la Longueroye

Propriété privée

3 rue de l'abbaye, 62630 Longvilliers


En montant par la rue de l'abbaye, on arrive à la ferme de la Longueroye, ferme cistercienne du 13ème siècle, située au sommet du plateau à 90 mètres d'altitude.

La cour intérieure a des proportions étonnantes. L'ensemble des bâtiments forme approximativement un quadrilatère de près d'un hectare.
C'est par une superbe allée de tilleuls qu'on arrive à l'entrée de la ferme.

Celle-ci a conservé son caractère ancien, avec sa porte charretière, dont l'arc en plein cintre s'appuie sur des pieds-droits construits en grès jusqu'a une certaine hauteur ceci pour résister a l'usure, aux chocs et en briques cuites au feu de bois. L'ensemble est couronné d'un chaperon couvert de tuiles.
A environ quatre mètres de hauteur on peut voir un blason sculpté dans une pierre en oolithe de Marquise, où est gravée la date 1647.

Surmonté d'un chapeau prélatrice, il représente les armes de Roger d'Aumont de Chappes, abbé commendataire de l'abbaye de Longvilliers qui devint évêque d'Avranches en mai 1645.

Le blason a été victime des révolutionnaires et seule la "crosse en pal" est encore visible. A la ferme de l'Abbiette à Attin, autre dépendance de l'abbaye de Longvilliers, on peut voir une pierre sculptée identique.




Grange de la ferme de la Longueroye

Classée monument historique
par arrêté du 7 octobre 1991

La grange cistercienne, située sur la gauche du chemin d'entrée, est impressionnante. Elle est la plus grande et la plus belle grange de tout le pays de Montreuil. De la taille d'une grande église, elle mesure 62 mètres de longueur à l'extérieur, 17 mètres de largeur et 12 mètres de hauteur.

C'est un immense vaisseau à trois nefs, que trois arcs brisés montant jusqu'au faite divisent en quatre travées.

Chaque arc repose sur deux gros piliers, en pierres du pays et à angles de briques, pour résister aux frottements.

Des puissants arcs boutants en briques enjambent les bas côté sous le toit Ils sont destinés à soulager les pannes, "les ventrières", de l'énorme et remarquable charpente en chêne. Entre les piliers, des "chandelles" en chêne, qui sont sont des arbres équarris à d'herminette, reposent sur des pierres de grès noyées dans le mur de refend séparant la partie du bas-côté servant de couloir de circulation du côté opposé vers la cour constituant une allée pour les véhicules.

L'énorme toit, qui était en ardoise, a été remplacé par des tuiles vieillies. Le mur intérieur est couvert de graffitis gravés dans la pierre tendre. On peut lire des noms de plusieurs générations d'ouvriers agricoles.
Déclaration des biens et revenus
de l'Abbaye de Notre-Dame de Longvilliers
15 Décembre 1728
Bénard L. (1878) - Déclaration des biens et revenus de l'abbaye Notre-Dame de Longvilliers. Bulletin de la Société Académique de Boulogne, tome II, pages 394-395
La ferme de la Longueroie, située proche l'abbaye, consistante en chambres, greniers, caves, escuries, estables, bergeries, granges, hangards, le tout couvert de chaume et clos d'une muraille de pierres; il y a quatre cens mesures de terres labourables, en plusieurs pièces, trente deux mesures de pastures aussy en plusieurs pièces, affermée à Augustin d'Humières, par bail passé pour neuf années consécutifves, pardevant Grossier, notaire à Estaples et controllé audit lieu par Laffont, en 1724, à la charge par ledit d'Humières d'en payer par chacun an, la somme de quinze cent livres en argent, cy compris le pot de vin .... 1500 liv.
De livrer aussy par chacun an, quarante septiers de bled, mesure d'Estaples, estimé et évalué, année commune, à dix livres le septier, faisant en argent quatre cent livres 400 liv.
Plus trente septiers de sucrion appretiez, année commune, à six livres le septier, faisant en argent cent quatre vingt livres 180 liv.
Ledit fermier est encore obligé par son bail, de voiturer les bois de chauffage qui est proche la maison et le vin qu'on prend ordinairement à Boulogne, à cinq lieues de l'abbaye, le tout estimé à soixante livres, 60 liv.
Le fermier est encore obligé d'acquitter la redevance de trente-deux septiers de bled et trente-six septiers d'avoine au seigneur de Longvilliers par an: cet article ne doit estre compris, ny dans la recepte, ny dans les charges.
Par le même bail, les religieux sont obligés de délivrer deux mesures de bois taillis pour le chauffage du fermier, qu'il convient de déduire sur le prix du bail, à cinquante livres la mesure, font pour les deux mesures cent livres qui seront raportés dans les charges.

Le bail était fait à "honnette femme Marie-Marguerite Megret, veuve du sieur Augustin d'Humière et à Augustin d'Humière, fils dudit deffunt et de ladite Megret."




Le site de l'ancienne abbaye La ferme de la Longueroye

Longvilliers